Chaque matin, au réveil, redisons cette prière qui est l’engagement 8 [1] de la Confrérie des Témoins de saint Yves. Sa piété mariale de saint Yves était bien connue, l’église qu’il a fondée à Minihy lui était dédiée. Comme lui je me confie à l’intercession de Marie, notre Mère, Mère de l’Église, en récitant souvent le chapelet et chaque jour cette prière du 3e siècle :

Sous l’abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, sainte Mère de Dieu. Ne repousse pas nos prières quand nous sommes dans l’épreuve, mais de tous les dangers, délivre-nous, Vierge glorieuse et bénie.

Lire le magnifique texte du pape François sur la crèche paru le 1er décembre 2019 le merveilleux signe de la Crèche.

Les textes de ce 2e dimanche de l’Avent évoquent beaucoup la justice.

Seigneur Jésus, Tu es la Lumière de nos vies, donne-nous au quotidien par chaque acte de notre vie, par chaque décision, par chaque attitude, par chaque parole d’être des hommes et des femmes justes, que l’Esprit Saint nous guide dans la Justice de Dieu. Éclaire notre chemin, notre prière fidèle de chaque jour, par Ta Lumière.

« En ce jour-là, un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur – qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas sur l’apparence ; il ne se prononcera pas sur des rumeurs. Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. La justice est la ceinture de ses hanches ; la fidélité est la ceinture de ses reins. Ce jour-là, la racine de Jessé sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure. »
(Is 11)

« Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours. Il aura souci du faible et du pauvre, du pauvre dont il sauve la vie. « Dieu, donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice… Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours. »
(Ps 71/72)

« Frères, tout ce qui a été écrit à l’avance dans les livres saints l’a été pour nous instruire, afin que, grâce à la persévérance et au réconfort des Écritures, nous ayons l’espérance. Que le Dieu de la persévérance et du réconfort vous donne d’être d’accord les uns avec les autres selon le Christ Jésus. Ainsi, d’un même cœur, d’une seule voix, vous rendrez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu. »
(Rm 15)

« En ces jours-là paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » … Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens se présenter à son baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit digne de la conversion… Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. Moi, je vous baptise dans l’eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »
(Mt 3)

D’où Yves, « avocat des pauvres, patron des juristes », a-t-il hérité son amour de la justice ?

À Paris, en 1264, rien ne paraît joué. L’étudiant brillant pourrait accéder aux hautes sphères philosophiques ou théologiques. Mais Yves mûrit une autre vocation et décide de mettre ses talents au service de la justice.

D’où vient ce désir ? Son enfance y a contribué, initié par Azo sa mère à la prière, la Parole de Dieu lui révèle une justice qu’il veut mettre en œuvre. Des versets parlent à son cœur, au psaume 32, 5 : le Seigneur aime le bon droit et la justice, la terre est remplie de son amour, au psaume 105, 3 : heureux qui pratique la justice, qui observe le droit en tout temps ! Le début du Livre de la Sagesse l’oriente : Aimez la Justice !

Des saints fondateurs bretons il hérite le sens de la vérité, une droiture sans faille, une justice fondée en Dieu. Enfin, Yves a dû, avec son précepteur, Jean de Kerhoz, fréquenter l’officialité de Tréguier. Il a dû regretter les lenteurs du système qui broie le pauvre incapable de payer des procédures interminables pour faire reconnaître son droit et s’enflammer contre l’injustice. Adulte il combattit les violations du droit, l’arbrisseau était du même bois. Il aura souci du faible et du pauvre , Il jugera les petits avec justice .

C’est décidé, Yves met son intelligence au service des pauvres dans leur droit pour rendre prompte justice. Il rejoint le studium d’Orléans dont Grégoire IX reconnut la place majeure. Arrivé vers 1270, jusqu’à trente ans il poursuit un parcours d’excellence, en écho du psaume 100 : je chanterai Ta justice et Ta bonté Seigneur, j’irai par le chemin le plus parfait. Saint Paul écrit à Timothée (2 Tim 2, 5) : dans une compétition sportive, on ne reçoit la couronne de laurier que si l’on a observé les règles.

Les règles, Yves entend les maîtriser pour rendre une justice imparable et prompte. Ne faisons pas de lui un justicier au-dessus des lois. Au contraire, il veut appliquer la justice des hommes, pleine, entière, sans passe-droit ni favoritisme. La pratique de la règle par Yves nous bouscule, qu’en faisons-nous en nos vies ? Un instrument au service de notre volonté de domination plus ou moins consciente ou un instrument au service de l’amour ?

Il ne jugera pas sur l’apparence ; il ne se prononcera pas sur des rumeurs.

Brillamment diplômé en droit canon et droit civil, Yves vers 1278 devient official [2] de Maurice, archidiacre de l’évêque de Rennes.

Yves intervient donc comme juge mais aussi en tant qu’avocat d’une cause en des juridictions extérieures.

Yves se dépense, le souci du pauvre au cœur de sa pratique de la justice ne se dément jamais.

Sa réputation est faite et l’évêque de Tréguier, Alain le Bruc, le nomme en 1281 official. Il l’ordonne en 1283 et lui remet la paroisse de Trédrez. Voilà Yves à pied sur les chemins du Trégor pour retrouver ses paroissiens et exercer sa charge d’official à Tréguier.

Il excelle : official, il rendait une prompte justice aux parties engagées en procès devant lui comme tous le disaient dans le milieu des juristes de la cour de l’évêque de Tréguier dit Darien de Trégroin.

Pour Yves de Trégordel : c’était un homme animé d’un grand esprit de justice…official, il encourageait tous ses collaborateurs à être justes.

Les témoins louent son sens inné de la justice, sa façon de traiter indistinctement les plaignants, comment il se différencie des autres juges ou avocats par une justice compétente, efficace et rapide [3]

À la différence d’hommes de loi plombés par la vénalité, les témoins soulignent le désintéressement d’Yves, tel Hervé, sacristain à Tréguier : touchant du fait de sa charge d’official, le tiers du sceau de la cour de Tréguier, il en prélevait de larges aumônes pour les pauvres. Yves de Trégordel est clair : official, il rendait une prompte justice aux parties engagées en procès devant lui comme tous le disaient dans le milieu des juristes de la cour de l’évêque. Il était très compatissant envers les mineurs, veuves et personnes malheureuses. Je l’ai vu très fréquemment écrire lettres et mémoires de ce genre de personnes pour rien… Avec une très grande bonne grâce, très fréquemment, sans se faire payer, il soutenait les causes de ces personnes-là dans la cour de l’évêque de Tréguier et les autres cours de son pays.

Jean de Kerhoz se souvient : official de l’archidiacre de Rennes puis Official de l’évêque de Tréguier, il s’est comporté d’une manière sainte et juste, rendant à chacun la justice rapidement sans faire de choix ni de différence entre les personnes. Pour Guillaume Pierre, vicaire de Tréguier, il se comportait d’une façon bonne et juste dans l’exercice de son officialat : c’était l’avis de tout le monde et c’est toujours de notoriété publique.Pour Geoffroy de l’Ile, official de Tréguier, il rendait à chacun, pauvre ou riche, rapide justice, sans aucune acception de personne. Jacquet déclare sans ambages : tous le louaient de sa bonne justice, jamais je n’ai vu ni entendu personne se plaindre du contraire.

Yves Suet, clerc, atteste : je l’ai vu et entendu plusieurs fois se présenter devant des personnes malheureuses en disant : “Je t’aiderai pour Dieu.”

Il aura souci du faible et du pauvre, du pauvre dont il sauve la vie.

Les années passant, la paix qui émane des paroles et attitudes d’Yves prend de la consistance.

Ses contemporains interpellés par sa façon d’être ont perçu une âme habitée. Tout cela est gravé en leur mémoire, ils n’ont aucun mal à en témoigner en 1330, 27 ans après. Le chevalier de Pestivien dit avec conviction : il prononçait ses paroles avec bienveillance, patience, écoutait parler avec un cœur paisible…official de Tréguier, il s’est comporté d’une manière admirable, digne de louange, amenant les plaignants à la paix et à la concorde. Il insiste : je crois qu’il fut un grand artisan et restaurateur de paix.

Yves est l’homme de la conciliation : Que le Dieu de la persévérance et du réconfort vous donne d’être d’accord les uns avec les autres selon le Christ Jésus.

Alain Soyan de Tréguier voit Yves « saisi de pitié » par la souffrance : il exerçait sa compassion envers les mineurs, orphelins, veuves et autres malheureuses personnes, leur portait secours, les conseillant, les guidant et plaidant pour eux. Derrien de Bouaysalio évoque sa tendresse pour ses frères et sœurs en humanité : avec simplicité et douceur il entrait en relations avec tous , gens de rang élevé et petites gens… prononçant toujours ses paroles avec gaîté et gentillesse.

Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours.

Chaque jour le pasteur grandit et l’homme de loi s’efface. L’acte judiciaire est pour Yves un lieu de rencontre des personnes où peut se faire au fond des consciences la rencontre avec l’Unique, le Tout-Autre qui est aussi le Tout-Proche. L’acte judiciaire se mue en un lieu de conversion où une vie peut changer, lieu de la réponse au divin suis-Moi, au divin descends de ton arbre, l’arbre de tes certitudes, l’arbre de ton bon droit qui te coupe de l’autre. C’est l’heure de l’Esprit Saint.

Nous ne voulons d’autre paix que celle que nous donneront le droit et la justice » clame Geoffroy, « je vais célébrer la messe du Saint-Esprit répond Yves. Pour Geoffroy les prières de dom Yves avaient changé nos dispositions intérieures.

Ce qui importe désormais à Yves, ce n’est plus de gagner promptement un procès, c’est d’établir paix, concorde, réconciliation, c’est le salut des pécheurs, des âmes, c’est conduire son troupeau au chemin escarpé de la conversion.

Quand sous le poids des ans, des fatigues, des veilles, en 1300, trois ans avant sa mort, Yves doit renoncer à une part de ses charges, c’est la fonction d’official qu’il abandonne. Il reste recteur de Louannec jusqu’à sa mort.

L’homme de justice s’est effacé derrière l’artisan des conciliations, derrière le pasteur attentionné des âmes.

Chers amis et chers membres de la Confrérie des Témoins de saint Yves, nous vous souhaitons de vivre une belle 2e semaine de l’Avent, guidés par la Lumière de Dieu.

Le Fonds Saint Yves
  • Vous pouvez relire l’article : Saint Yves sur « Notre histoire avec Marie » (Cotignac).
  • Mercredi 27 novembre c’était la Fête de la Médaille Miraculeuse, redisons chaque jour par trois fois l’invocation apprise à sainte Catherine Labouré : « Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. ».
  • Re-portons notre médaille qui traîne peut-être au fond d’un tiroir car dit la Vierge Marie : Les personnes qui la porteront avec confiance recevront de grandes grâces .

[2Le mot « official » est tiré du droit romain début XIIIe s. Ce fonctionnaire nommé par l’évêque, révocable à tout moment, a délégation pour juger : affaires criminelles et concernant veuves et orphelins, causes matrimoniales et dîmes, questions sous serments.

[3En Bretagne, avant 1554, avocats et magistrats n’ont pas obligation d’être diplômés, la majorité, formée par ses aînés, frise l’incompétence.